Le Dr Éric Arnaud Makita Makita propose une lecture en cinq enseignements de la 26e Conférence internationale sur le sida — AIDS 2026, tenue à Rio de Janeiro du 26 au 31 juillet 2026 — avec une question centrale : qu'est-ce que cela interroge pour le Gabon ?
La conférence s'est déroulée dans un contexte paradoxal : la science offre des outils de plus en plus puissants, au moment même où la réponse mondiale au VIH est fragilisée par les tensions sur les financements et les inégalités d'accès.
Sous le thème « Rethink. Rebuild. Rise. », six jours de conférence, plus de 150 sessions et 2 400 posters ont été consacrés à cette tension entre progrès scientifique et fragilité des systèmes. Pour Gabon Data Dialogues, cinq enseignements méritent particulièrement d'être mis en discussion.
C'est probablement le message politique le plus fort de Rio. En 2025, environ 17,6 milliards de dollars étaient disponibles pour la réponse au VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire, contre 21,9 milliards nécessaires annuellement à l'horizon 2030. Les ressources internationales ont reculé de 18 %, tandis que les financements domestiques ont progressé de 4 % et représentent désormais environ 60 % des ressources disponibles.
AIDS 2026 a donc dépassé la question classique de « combien financer ? » pour en poser une autre : comment construire des réponses nationales capables de durer lorsque l'environnement international change ?
Rio a également été une conférence d'innovation. Le lenacapavir injectable deux fois par an représente l'un des développements les plus marquants en matière de prophylaxie pré-exposition. L'OMS indique qu'il est déjà introduit dans dix pays et qu'un déploiement est prévu dans quatorze autres. Les études présentées montrent une forte préférence de nombreux participants pour des options de prévention longue durée plutôt que la prise quotidienne de comprimés.
Côté traitement, les essais de phase 3 ISLEND-1 et ISLEND-2 ont présenté des résultats encourageants pour une combinaison orale islatravir-lenacapavir administrée une fois par semaine, chez des personnes dont le VIH était déjà contrôlé. Il ne s'agit pas encore de dire que ce traitement remplacera demain les schémas actuels, mais la direction scientifique est claire : réduire la contrainte thérapeutique.
L'un des messages les plus intéressants de Rio pourrait finalement se résumer ainsi : une innovation scientifique n'a d'impact de santé publique que lorsqu'elle devient réellement accessible.
L'OMS a fait de l'intégration des services l'un de ses grands messages de Rio. Les pays obtenant les meilleurs résultats intègrent progressivement le VIH aux soins de santé primaires, à la santé sexuelle et reproductive, à la tuberculose, à la santé maternelle et infantile et même à la prise en charge des maladies non transmissibles. Plusieurs expériences présentées ont montré l'intérêt de rapprocher dépistage, suivi et autres services de santé plutôt que de créer des parcours complètement séparés.
L'OMS a d'ailleurs profité de la conférence pour publier ses premières lignes directrices consolidées sur la prestation des services VIH, avec un accent sur des services plus intégrés, équitables et centrés sur les personnes.
C'est l'autre message transversal de Rio. Les travaux présentés par l'IAS montrent que les modèles communautaires peuvent améliorer l'accès au dépistage, réduire la stigmatisation, renforcer la continuité des services et toucher des populations que les structures conventionnelles atteignent difficilement. L'OMS insiste également sur l'intégration des données produites par les communautés dans les systèmes nationaux de suivi.
Rio a parallèlement rappelé que stigmatisation, discrimination et criminalisation ne sont pas uniquement des questions sociales : elles ont des conséquences sanitaires, notamment lorsqu'elles éloignent des personnes du dépistage ou des soins.
C'est probablement l'enseignement qui résonne le plus directement avec le travail de Gabon Data Dialogues. L'OMS a publié à Rio de nouvelles orientations sur la surveillance du VIH, avec l'objectif d'améliorer les systèmes de surveillance de routine et surtout l'utilisation des données nationales pour orienter l'action de santé publique. Elle cite parmi les priorités les systèmes d'information interopérables, la santé numérique et une meilleure intégration des données.
AIDS 2026 a également consacré plusieurs travaux à l'intelligence artificielle et aux outils numériques : aide au dépistage, logistique, continuité des soins, utilisation responsable de l'IA dans les programmes VIH. Mais la technologie n'est probablement pas le premier sujet.
Avant l'IA, il faut pouvoir répondre à des questions beaucoup plus fondamentales : quelles données possédons-nous ? Sont-elles comparables dans le temps ? Où sont les manques ? Quelles populations ou quels territoires restent peu visibles ? Et les données produites conduisent-elles réellement à des décisions ?
AIDS 2026 n'a pas délivré une solution unique. La conférence montre plutôt que la prochaine phase de la réponse au VIH reposera sur plusieurs transformations simultanées : des financements plus durables, des innovations réellement accessibles, des soins mieux intégrés, des communautés davantage impliquées et des données mieux utilisées.
À seulement quatre ans de 2030, la question n'est peut-être plus uniquement « où en sommes-nous ? », mais également : que devons-nous changer pour accélérer réellement ? C'est cette seconde question que Gabon Data Dialogues souhaite contribuer à mettre en discussion.
Sources
International AIDS Society, AIDS 2026 key takeaways — iasociety.org
ONUSIDA, Global HIV & AIDS statistics — Fact sheet — unaids.org
OMS, Integration, innovation and community leadership key to ending HIV, hepatitis and STIs, 27 juillet 2026 — who.int
OMS, Consolidated HIV guidelines: service delivery — who.int